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Notes d'intention

Après avoir mis en scène Un chapeau de paille d’Italie et La cagnotte, L’affaire de la rue de Lourcine sera donc ma troisième incursion dans l’univers d’Eugène Labiche, troisième voyage dans ses comédies, dans ses comédies qui sont des drames, des drames qui font rire, dans lesquels des hommes sont entrainés par un courant irrésistible qui les fait se débattre devant des spectateurs hilares.

 

Cauchemar ?

À l’image de Fadinard , jeune marié poursuivit par sa noce et ses anciennes conquêtes à la recherche d’un « Chapeau de paille » mangé par son cheval le jour de ces noces ; ou à celle des habitants de la Ferté- sous -Jouarre venus dépenser leur « Cagnotte » à Paris, Lenglumé et son compère Mistingue - deux des protagonistes de L’affaire de la rue de Lourcine vont vivre un cauchemar en lieu et place d’une journée qui s’annonçait des plus heureuses.

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Ce qui fait la force et l’originalité des œuvres de Labiche c’est ce double registre de situations. Une situation principale, plutôt positive : un mariage, un voyage à Paris, un jour de baptême… et une multitude de situations secondaires, très négatives, avec effet d’accumulation et d’accélération que certains protagonistes vont tenter de résoudre pour donner le change à l’ensemble. Les personnages qui ont quelque chose à dissimuler, sont obligés de s’entendre entre eux et jouent une petite comédie au milieu de la grande.

SPECTATEUR COMPLICE

Le spectateur est témoin de ces petits naufrages intérieurs, dus à la mesquinerie, à l’égoïsme, à la suffisance, à la roublardise de ceux qui les subissent, et complice de l’auteur qui prend soin de lui communiquer des informations inconnues des personnages.

Pour éviter de couler dans une tempête qu’ils ont eux-mêmes provoquée, tous les stratagèmes sont bons, y compris les plus odieux. Chacune des solutions trouvées pour résoudre le problème qui surgit est révélatrice du véritable caractère de chacun.

Car il s’agit bien d’un « théâtre de caractère » qui dépeint les travers humains et renvoie une image à peine déformée des comportements sociaux à l’image des portraits de « Daumier », célèbre caricaturiste de l’époque.

labiche BRILLANT OBSERVATEUR

La fécondité de Labiche fût prodigieuse. Il écrivait rapidement et facilement, mais ce travail de rédaction n’était pas aussi important aux yeux de l’auteur que le temps passé à observer ses contemporains. Ce fût un observateur puissant et génial. Cette matière accumulée rend l’œuvre intemporelle puisque fortement inspirée par la nature humaine. Les personnages ne sont pas des fantoches mais des hommes dominés par leur « destinée » qu’ils essaient de combattre, et plus ils se battent, plus ils la provoquent, et plus elle exerce sa puissance, et plus l’auteur accélère le rythme.

Car enfin ce théâtre est affaire de rythme, lequel participe du cauchemar et à la folie. Rythme et ruptures violentes qui évitent le naturalisme et caractérisent, avec la présence des plages musicales, ce style particuliers appelé « vaudeville ».

L’affaire de la rue de Lourcine était, dit-on, une des pièces préférée de Labiche. Elle est pour nous une machine à jouer et à chanter « dramatiquement drôle ».

Patrick Pelloquet, septembre 2014

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